L’argent rendu à la vie

On ne compte pas vraiment quand on boit. On règle une addition, puis une autre, puis une troisième. On s’habitue aux billets qui s’envolent, aux tickets de caisse froissés au fond des poches. On se dit que ce n’est “pas si grave”, que c’est le prix des soirées, le prix de l’oubli, le prix de l’habitude. Et sans s’en rendre compte, des centaines d’euros disparaissent dans un trou noir. Ou plutôt, si : on s’en rend compte, mais on balaie la pensée d’un revers de main. On se dit qu’on verra plus tard. Et le soir même, on reboit pour oublier la perte financière, comme si elle n’avait jamais existé.

Je ne voyais pas l’argent partir. Je croyais que c’était normal, qu’il fallait bien “vivre”. En réalité, je ne vivais pas, je payais pour m’anesthésier. Combien de jours de vacances envolés ? Combien de projets repoussés ? Chaque addition réglée, c’était une petite promesse que je faisais mourir avant même qu’elle ait existé.

Le jour où j’ai arrêté, quelque chose d’étrange est arrivé. J’ai décidé de mettre de côté chaque semaine l’équivalent de ce que j’aurais pu claquer en bars et en bouteilles. Et là, j’ai commencé à voir différemment chaque billet resté dans mon portefeuille, chaque ligne en moins sur mes relevés. C’était comme si la vie, discrètement, commençait à me rendre ce que je lui avais volé.

Je précise que je suis passé par une méchante phase de remords et de rancœur envers moi-même. La question revenait en boucle : “Combien d’argent as-tu claqué là-dedans toutes ces années ? Avec ça, tu aurais pu t’offrir un voyage, un projet, peut-être même un apport pour autre chose…” Cette rancune intérieure a duré. Mais une fois cette phase traversée, il m’est arrivé quelque chose de nouveau : je me suis surpris à sourire en me disant “Avec ça, je peux me payer ça. Et avec ça, ce voyage que j’avais toujours repoussé.”

Bien sûr, lorsqu’on n’est plus anesthésié, on prend aussi en pleine face la réalité financière de la France. Et elle est violente. On comprend pourquoi, dans ce pays, l’étourdissement est devenu un refuge. Les chiffres le disent : le pays le plus gros consommateur d’anxiolytiques. Et moi, en tant que patron d’une petite PME, j’ai mon avis sur cette mécanique-là. Mais je le garde pour un prochain article.

Bref, les projets ont commencé à respirer. Un voyage mis de côté depuis des années. Un stage de bricolage. Une formation. Même des choses simples : un bon dîner, un vêtement choisi avec soin, un cadeau offert sans compter. Tout cela, l’alcool me l’avait volé, verre après verre. Sobre, j’ai compris que l’argent n’était pas une fin en soi, mais un outil. Et cet outil, je pouvais enfin l’utiliser pour créer au lieu de détruire.

Il y a une joie particulière à voir ses économies grossir doucement. Non pas par miracle, mais simplement parce qu’on a cessé d’alimenter le gouffre. Une joie à se dire : “Ce que je construis maintenant, je le construis pour moi. Pas pour un verre qui s’évaporera le soir même.”

Mais il n’y a pas que le compte en banque. L’argent rendu, c’est aussi l’argent invisible, celui qu’on ne perd plus en santé, en frais médicaux, en journées de travail gâchées. Combien d’heures j’ai passées improductif, incapable de me concentrer, fatigué et irrité de ma propre fatigue ? Combien de journées j’ai jetées aux oubliettes, alors qu’elles valaient chacune bien plus qu’un billet de vingt euros ?

Aujourd’hui, chaque matin sobre est une richesse. Chaque journée claire est une ressource. L’argent économisé est réel, mais le temps récupéré l’est encore plus. C’est une fortune que l’on ne chiffre pas, mais qui change tout.

Alors oui, arrêter de boire, c’est redécouvrir qu’on peut vivre avec moins de trous dans le portefeuille. Mais surtout, c’est découvrir ce que deviennent ces additions non payées : des projets qui reprennent souffle. Une vie qui se déplie, qui respire, qui retrouve ses moyens.

Je n’aurais jamais cru que l’argent pouvait être un symbole si fort de liberté. Aujourd’hui, je le vois autrement. Chaque euro qui reste est une petite victoire, un choix de vie. Et chaque projet que je construis avec cet argent rendu est une revanche sur toutes ces soirées où je le brûlais pour disparaître.

Sobre, je ne paye plus pour me perdre. J’investie pour mon futur, le miens et surtout celui de ma petite famille.

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