La honte. Toujours là. Collée comme une deuxième peau.
Elle se lève avec toi. Elle se couche avec toi. Elle te suit dans la salle de bain, quand ton propre reflet te paraît étranger. Elle s’assoit en face de toi à table. Elle grimpe sur ton épaule quand tu croises un ami. Elle ricane quand tu te jures d’arrêter.
La honte, c’est le poison après le poison. L’alcool s’en va, mais elle reste.
Tu connais ça ? Ces matins quand tu ouvres les yeux avec la peur au ventre. Comment s’est terminé la soirée encore ? qu’est-ce que j’ai pu encore lui dire de blessant ? Ces silences gênés quand quelqu’un raconte une soirée dont tu n’as gardé aucun souvenir. Ces excuses bidon inventées sur le vif, juste pour sauver la face.
Et ce goût amer dans la bouche, ce dégoût de soi. Se traiter de loque humaine, encore.
Moi je l’ai traînée pendant des années. Chaque jour recommençait avec elle, cette voix sourde qui répétait : “Tu n’y arrives pas. Tu es faible. Tu es foutu.”
Alors je souriais. Pour faire croire. Pour masquer. Mais à l’intérieur, la honte me grignotait.
Et puis… un jour, elle a commencé à décrocher comme une peau morte qui s’effrite. Un matin, je n’ai pas eu peur d’ouvrir mon téléphone. Un autre, je n’ai pas eu besoin de mentir. Un autre encore, je n’ai pas eu à me cacher.
Ça se faisait lentement. Silencieusement. Mais chaque morceau qui tombait me rendait plus légère.
La première fois que j’ai senti ce vide — ce silence sans honte — j’ai eu presque peur. Je me suis dit : “C’est ça ? C’est possible de se réveiller sans culpabilité ?”
Et ce matin-là, j’ai respiré autrement. Je me suis tenue droite devant le miroir. Et pour la première fois depuis longtemps, j’ai osé soutenir mon propre regard.
La honte n’était plus là.
À sa place, il y avait autre chose. Pas de la fierté triomphante. Pas de l’arrogance. Juste un soulagement. Une paix simple. Comme si je me retrouvais enfin, débarrassée du fardeau inutile.
Depuis, chaque jour sans alcool est un clou de moins planté dans ce cercueil invisible. Chaque jour est une victoire muette, mais solide.
Et toi ? Tu la connais, cette honte qui colle aux doigts, qui colle aux nuits ? Tu l’as sentie décrocher, au moins une fois ? Ou est-ce qu’elle est encore là, plantée dans ton dos, à t’empêcher de respirer ?
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