Blackout d’alcool : comment j’ai arrêté de perdre mes soirées

Ce que l’alcool m’a volé

Il y a eu tant de soirs effacés. Tant de nuits commencées dans l’euphorie et finies dans le néant. Ces moments où l’on rit trop fort, où l’on croit parler de choses profondes, où l’on pense vivre à fond… mais dont il ne reste rien au matin. Le vide. Des trous béants dans la mémoire, comme si quelqu’un avait arraché des pages entières du livre de ma vie. Le blackout d’alcool n’est pas juste un oubli : c’est un effacement réel de soi.

Le mécanisme du blackout d’alcool

Le phénomène de blackout d’alcool, je l’ai connu par cœur. Au début, c’était rare, presque anecdotique. Une soirée qui dérapait un peu plus que d’habitude. Un “ah oui, je ne me souviens pas bien de la fin” dit avec légèreté. Mais très vite, c’est devenu une habitude. Une mécanique. Les soirées s’enchaînaient et la mémoire s’effritait. Il suffisait de quelques verres de trop pour que la nuit devienne un brouillard où tout disparaissait.

Je me revois ruminer, encore et encore, mes contrariétés du moment. Tourner en rond dans ma tête, raconter dix fois la même histoire, chercher des solutions au fond d’un verre sans jamais rien trouver. Et puis, d’un coup, plus rien. Le noir. Comme si un interrupteur avait été coupé. Le monde continuait, mais moi je n’y étais plus.

Au réveil : le vide

Au réveil, la question revenait toujours : “Qu’est-ce que j’ai dit ? Qu’est-ce que j’ai fait ?”
Et souvent, la réponse tombait de la bouche des autres. Un rire gêné, une remarque moqueuse, ou pire : un silence lourd. “Sérieusement, tu ne te souviens pas de ce que je t’ai dit hier soir ?” Alors je souriais par politesse, je faisais semblant. Mais en dedans, je me sentais nu, amputé, incapable de recoudre les fils.

Combien de discussions ai-je perdues ? Combien d’éclats de rire, de confidences, de visages, effacés comme de la craie sous la pluie ? Ces moments volés par l’alcool m’ont laissé un goût amer, celui d’une vie vécue à moitié, ou même pas vécue du tout.

Les soirées que je n’oublie plus

Et puis un jour, tout a changé. Sobre, j’ai découvert ce que c’était de passer une soirée entière en pleine présence. Pas une soirée effacée, pas une soirée trouée, pas une soirée qu’on me raconte le lendemain. Une soirée dont je suis l’acteur et le témoin. Une soirée que je garde, intacte.

Le bonheur de ces moments-là, je ne l’échangerais pour rien au monde.
Soirées entre amis, à la maison ou en sortie. Soirées culturelles, concerts, invitations simples autour d’un repas. Tout est là, complet, suffisant. Pas besoin de plus. La chaleur humaine, les conversations vivantes, les éclats de rire qui ne sonnent pas faux, la possibilité de répondre avec esprit, d’écouter avec attention, de ressentir avec justesse. Et puis, mon sommeil salvateur, j’en parle aussi dans un autre texte, celui où je raconte comment mes nuits ont changé quand j’ai arrêté de boire — un des premiers signes que la vie reprenait enfin sa place. https://revivre-sans-alcool.com/le-sommeil-salvateur-des-nuits-sans-alcool-2/

La liberté de se souvenir

Ce que j’ai gagné, ce n’est pas seulement la mémoire. C’est la liberté. Celle de m’écouter quand la fatigue vient. Celle de m’éclipser quand j’en ai besoin, sans me sentir coupable. Celle de dire oui quand j’ai envie de rester, mais sans forcer, sans compenser.

Et le lendemain, quel soulagement. Plus de honte, plus de trou, plus de brume. Pas besoin de demander aux autres : “Est-ce que j’ai dit quelque chose de travers ?” Pas besoin de recoller les morceaux d’une histoire manquante. Je me réveille avec une histoire complète, la mienne, inscrite dans ma mémoire comme un film que j’ai vraiment vu.

Je me souviens des regards, des éclats de rire, des silences qui comptent et surtout des mots échangés, de la lumière dans la pièce, de la musique qui passait en arrière-plan. Je me rappelle de tout. Et dans cette mémoire retrouvée, il y a une joie immense : la joie de savoir que je peux enfin garder ma propre vie avec moi.

C’est un trésor simple, mais inestimable. Parce qu’en réalité, l’alcool ne m’a pas seulement volé des soirées. Il m’a volé une partie de mon histoire. Des fragments de mon passé se sont effacés pour toujours. Je ne les retrouverai pas. Mais désormais, chaque soirée que je vis sobre est une revanche. Une réparation. Une inscription claire dans le livre de ma vie, sans pages manquantes.

Aujourd’hui, je peux dire avec une certitude profonde : je n’ai plus envie de soirées que je ne me rappelle pas. Je préfère mille fois une soirée tranquille, une conversation sincère, un rire net, à des nuits brumeuses et creuses. Ce que je garde en mémoire vaut mille fois plus que ce que j’ai perdu dans l’oubli.

Les soirées que je n’oublie plus sont devenues mon cadeau quotidien. Elles me rappellent que la présence est le vrai festin, que la lucidité est une fête en soi. Et chaque matin, en ouvrant les yeux avec le souvenir intact de la veille, je me redis : “C’est ça, la vraie vie.”

Pour aller plus loin : l’INSERM rappelle que l’alcool peut perturber l’hippocampe, la zone du cerveau où se crée la mémoire, ce qui explique les phénomènes de blackouts.
Source :INSERM – Alcool : la mémoire trinque encore

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